Ce n’est qu’un jeu d’échecs. En mémoire des embarbelés
05/03/2026

Mme Agnès Guillot, novembre 2025 salon du livre militaire de Strasbourg
Ce livre retient l'attention à plus d'un titre. Il éclaire d'abord un aspect encore peu connu de la Seconde Guerre mondiale : celui de la captivité des officiers français dans les Oflags, ces camps réservés aux officiers prisonniers de guerre. Mais il le fait à partir d'un objet tout à fait remarquable : un échiquier réalisé dans les années 1940 par quatre officiers français détenus à l'Oflag IV D, près de Dresde, parmi lesquels le père de l'auteure.
L'intérêt du livre tient précisément à cette double dimension. La première partie restitue le contexte historique et les conditions de vie dans ce camp. La seconde s'attache à un témoignage exceptionnel : un échiquier fabriqué avec des moyens de fortune, accompagné d'un carnet qui en décrit la conception et la portée symbolique, reproduit intégralement dans l'ouvrage.
Plus qu'un simple jeu, cet échiquier apparaît comme une véritable œuvre de mémoire. Son décor, inspiré de l'Alsace, convoque ses villes, ses figures régionales et son imaginaire populaire. Il témoigne à la fois de l'ingéniosité de ses auteurs, de leur volonté de préserver une forme de vie intellectuelle en captivité, et de la place que le jeu d'échecs pouvait occuper comme espace de dignité, de culture et de résistance intérieure.

L'échiquier
Un détail particulièrement frappant illustre cette capacité à créer avec presque rien : le plateau de jeu lui-même résulte de la transformation d'un simple abattant de WC (!), patiemment détourné de son usage premier pour devenir support de création.
À travers cet héritage familial, Mme Agnès Guillot propose ainsi bien davantage qu'un récit personnel. Elle redonne vie à un objet singulier, chargé d'histoire, et rappelle combien le jeu d'échecs, même dans les circonstances les plus éprouvantes, peut devenir un refuge, un langage commun, et une affirmation de liberté.








