11/06/2006
A l'occasion des journées de l'Arbitrage, le philosophe Alain Finkielkraut a répondu à quelques questions générales sur les arbitres. Ses réponses sont parfaitement adaptées à notre sport.
Vous apprendrez pourquoi les arbitres sont formalistes et conservateurs. Vous comprendrez pourquoi les entraîneurs, les joueurs ne peuvent pas s'entendre avec les arbitres.
Bref, vous comprendrez enfin pourquoi les arbitres vous énervent !
QUAND L'ARBITRAGE EST VU PAR L'OEIL DU PHILOSOPHE
Le philosophe Alain Finkielkraut participait aux Journées de l'Arbitrage, organisées par les Fédérations Françaises de Football, de Rugby, de Basketball, de Handball, la Ligue de Football Professionel, la Ligue Nationale de Rugby et les magasins BUT. Il parlait ainsi de l'arbitre :
Que peut apporter l'expérience de l'arbitrage ?
A. F : Cela a un rôle éducatif énorme. Le sport est défini par certains sociologues comme un régulateur d'émotions : vous libérez vos pulsions de manière contrôlée.
C'est la civilisation même : on ne civilise pas les gens par la pure et simple répression de leurs instincts mais par l'imposition d'une forme. Et l'arbitrage, c'est justement le respect d'une forme.
Pour celui qui est arbitré c'est l'apprentissage de la limite. Et puis l'arbitre est là pour nous rappeler que c'est un jeu. Plus on oublie cela, plus on conteste l'arbitre…
Comment définir le rôle de l'arbitre ?
A. F : Il a une démarche civile et civique. Il n'a pas seulement une fonction répressive ; il établit et fait respecter des conventions. Les entraîneurs demandent aux joueurs de « tout donner », alors que l'arbitre impose aux joueurs de ne pas tout donner, pour ne pas franchir les limites. C'est ce qui fait la beauté du sport.
L'arbitre peut-il créer de l'injustice ?
A. F : Bien sûr ; les erreurs d'arbitrage font partie du jeu et peuvent participer au charme de sa glorieuse incertitude. Mais vu les enjeux dans le sport de haut niveau, de telles erreurs deviennent un évènement cosmique.
La violence et l'arbitrage ?
A. F : Auparavant, le sport était partie prenante d’un processus de civilisation. Aujourd'hui, un processus de décivilisation est à l'oeuvre et le sport est peu à peu entraîné dedans.
L'arbitre doit-il être un anonyme au milieu des stars ?
A. F : Je ne crois pas cela possible. Pour répondre à des exigences grandissantes, cette activité va vers la professionnalisation, et produit ses vedettes. Mais il ne faut pas aller trop loin. Le public ne vient pas voir les arbitres...
Comment attirer les jeunes vers l'arbitrage ?
A. F : Il faut les inciter à prendre le sifflet. Leur regard sur l'arbitrage en serait sûrement modifié.










